
C’est encore une histoire d’inconscient collectif, celle qui nous dit qu’on n’est rien sans la collectivité, qu’on ne signifie rien seul. Alors on cherche à apercevoir un peu de ce que l’on est dans le regard des autres regard pourtant communément jugé trop arbitraire et forcément lacunaire. Et au fur et à mesure, on se positionne à tel point par rapport à l’extérieur que l’on ne sait plus comment se définir nous-mêmes. Cette question est mise en évidence par Mathieu Richard à travers le Phanéroscope, installation présentée au White Office. Cette sorte de machine identitaire désigne les constantes humaines au moyen expéditif et aléatoire des traits lumineux renvoyés par une boule à facettes. Cette pièce n’est cependant pas uniquement une installation mécanique mais aussi un phénomène destiné à renvoyer à une somme de situations et de valeurs communes. Autrement dit, le Phanéroscope a la possibilité de parler au spectateur de son expérience vécue, et bien sûr de lui renvoyer – un peu brutalement sans doute ses interrogations concernant la définition de soi et la manière dont on affronte la catégorisation orchestrée par les autres. Les humeurs de cette boule à facettes sont justement aussi changeantes et oppressantes que celles des autres. Alors ne soyons pas effrayés, rien n’est définitif. Tu as encore la possibilité de choisir qui tu es – au moins de te laisser porter à réfléchir à la question au sein de l’installation. Ou bien alors tu pourras décider d’en prendre ton parti et d’assumer cette catégorie dans laquelle tu as été positivement intégré. Les mots n’ont peut-être pas la force que l’on croit si l’on peut les réécrire sans cesse. Marine Rochard
Mathieu Richard, Phanéroscope, septembre 2008, matériaux divers, dimensions variables