Afterall David Michael Clarke

(Love is love as love)





Un aéroport, une gare peut-être, loin de l’autre dont l’absence pèse tant. Dans ce lieu public grouillent les anonymes, tous ces autres qui ne sont pas lui, qui ne sont pas elle, tous ces autres avec qui à cet instant, on partage tout et rien. Il l’aime, elle l’aime, par l’amour ils sont liés. La distance sépare leurs corps qui ont si bien su exprimer leurs sentiments réciproques. Pour se rapprocher, ne reste plus qu’à s’accrocher au téléphone décroché. La voix au bout du fil est la sienne, reconnaissable entre mille, si familière dans cet endroit où l’on ne fait jamais que passer, à l’abri d’une petite casquette, par cette voix se sentir abrité. Au milieu des n’importe qui, des n’importe quoi, n’importe plus que cette autre qui plus que tout autre nous importe.
Quand les amoureux se parlent, d’amour ils parlent évidemment. A ce sujet ils savent que tout a déjà été dit mais quand ce sont eux qui le disent, ce n’est jamais la même chose. Les mots qu’emploient les autres, ceux qui appartiennent à chacun sans pour autant appartenir à personne, ce sont les leurs, ils se les sont appropriés. Les mots sont un bien public et pourtant quand il s’agit d’amour ils semblent ne faire sens que dans l’intimité car plus que tout compte le corps qui corps leur a donné, c’est par sa bouche qu’ils ont été prononcés. Quoi qu’ils se disent ils sont uniques l’un à l’autre et les mots vides se gorgent de sincérité. Les mots, ce n’est jamais que de l’air qui vibre, c’est du vent, ils murmurent car de cette brise ils veulent s’enivrer. Il lui parle d’elle, elle lui parle de lui car il pense à elle et elle pense à lui. Ils se renvoient la balle, ils échangent, peu importe qui remportera le point pourvu que dure la partie. Ils se disent tout et pourtant ne sont sûr de rien, grisés tantôt par la peur de se perdre, tantôt par l’espoir de s’être trouvés, la fragilité des mots est autant d’adrénaline qui les parcoure, une substance dont ils sont devenus addicts. C’est une overdose de sentiments, de l’amour tout simplement. Peut-être pas si simple car à ce propos les mots ne sont incapables d’aucune définition, de l’amour ils ne sauront jamais être qu’un moyen d’expression. Mathieu Richard


David Michael Clarke, Love is love as love, février 2010